45, rue d'Ulm

75005 Paris

geg@ens.fr

© Groupe d'études géopolitiques, janvier 2018.

  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon

Partager

  • White Facebook Icon
  • Blanc Twitter Icon

Langues

Eléments biobliographiques

Philosophe et homme politique, esprit révolutionnaire et ancien enseignant à l’Ecole Normale Supérieure, lié à la fois à l’Italie par sa naissance et son engagement politique, et à la France par son éducation et exil, il a travaillé notamment sur la traduction de la philosophie du droit de Hegel, sur Spinoza (Spinoza subversif : variations (in)actuelles 1994, Spinoza et nous, 2010),  et Marx (Marx au-delà de Marx : cahiers du travail sur les Grundrisse, 1979).

 

Contestataire sans cesse du capitalisme et opposant du mondialisme dans sa forme néolibérale, il développe ses idées de l’état dans Empire (2000, coécrit avec Hardt) - c'est aux thèses de cette œuvre qu'il revient en 2005 pour expliquer sa prise de position lors du referendum français sur la constitution européenne: il appelle à approuver la Constitution pour faire disparaître l’Etat-nation ; l’Europe pourrait être un garde-fou contre la pensée unique de l’unilatéralisme économique - capitaliste, conservateur et réactionnaire - et un contre-pouvoir contre l’unilatéralisme américain, déclarait-il en 2005 (Libération, 2005).

 

Aujourd’hui, comme il nous le confessait il y a quelques mois dans le siège parisien de l’université de Columbia, son travail cherche toujours à penser ce qu'est cet État-nation qu'il pensait obsolète, semble pourtant resurgir (Le Grand Continent, 2017).

 

Toni Negri

« Dans toutes les formes de populisme on retrouve une envie de renouveler l’ancien. Il faut comprendre ce qu’il y a de pathétique dans cette tentative. C’est le grotesque de la répétition bâclée. » 

5 mars 2018

Rencontre

Nous rencontrons Toni Negri debout, sirotant un café, dans le siège parisien de l’université Columbia. Ses premiers gestes, les traits de son visage, le ton de sa voix, au premier abord, pourraient faire penser à une espèce de transformation de la figure élancée et compliquée du personnage de la Montagne magique, Leo Naphta. Pourtant immédiatement, il nous présente une forme de gentillesse et d’écoute spontanée, quelque chose qui finit par le faire paraître comme le double du personnage, Ludovico Settembrini.

Dans votre livre Empire, vous reprenez à Deleuze et Guattari la stratégie d’accélération du processus de la mondialisation, de façon à constituer une « contre-mondialisation ». Pourtant il est indéniable, déjà pour Deleuze et Guattari, que le processus de déterritorialisation de la mondialisation s’accompagne d’une « reterritorialisation » qui, tout en changeant d’échelle, fait ressurgir un certain archaïsme (l’identité basque, irlandaise, la territorialité des cités, peut-être même la question Daesh). Peut-on séparer le processus révolutionnaire des archaïsmes ?

 

Nous avons écrit Empire en 1995, il nous semblait en effet à ce moment que des concepts comme celui d’État-nation étaient devenus obsolètes. C’était il y a vingt ans. Aujourd’hui l’histoire a montré une résurgence du nationalisme.

 

Dans votre livre le concept d’Empire est clairement orienté vers la destruction de l’État-nation, est-ce que cette histoire n’est pas à réviser ?

 

Il faut comprendre ce qu’est l’État-nation, c’est d’ailleurs précisément en cette direction que se dirige mon travail actuel. Il faut reconnaître en effet qu’aujourd’hui l’effervescence nationale est un fait, surtout quand elle s’accompagne du populisme. C’est une évidence politique incontestable aujourd’hui, la nation existe dans l’opinion.

Nous proposons une analyse géopolitique de ce phénomène. Il s’agit de voir comment la référence à la nation ne se situe pas du tout dans une continuité historique avec les nationalismes passés. Les représentations géographiques du FN ne correspondent aucunement aux représentations du nationalisme classique français : on ne va pas vouloir “tuer le boche”, ni prendre l’Angleterre pour l’ennemi. Même on peut remarquer dans ce nationalisme une forme d’internationalisation : les tactiques sont partagées.

Dans toutes les formes de populisme on retrouve une envie de renouveler l’ancien. Il faut comprendre ce qu’il y a de pathétique dans cette tentative. C’est le grotesque de la répétition bâclée. En Italie en particulier, le lepenisme est interprété aujourd’hui par des gens qui jusqu’à hier étaient régionalistes ou qui jouaient le sud contre le nord. Cela doit donner la mesure de la solidité de cette position, sa capacité à changer de référent ou à ne pas en avoir véritablement doit être comprise.

Lire la suite sur Le Grand continent

5 mars 2018

Vers les autres profils